LOURDES Editions - librairie des Sanctuaires Notre-Dame de Lourdes

Librairie des Sanctuaires de Notre-Dame de Lourdes

La puissance invincible de la croix PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 16 Novembre 2009 16:11

Je trouve particulièrement riche en grâces le récent colloque de Lourdes consacré au signe de la croix, « signe simple qui n'appartient à personne et nous ouvre à la profondeur de Dieu », comme l'a résumé Mgr Jacques Perrier, l'évêque de Tarbes et Lourdes. L'Institut Catholique de Toulouse avait accepté de travailler sur ce sujet en partenariat avec les Sanctuaires de Lourdes. Si je n'ai pas ici l'intention d'écrire un article exhaustif à propos de l'évènement (NDL Editions publiera prochainement les actes de ce colloque...), j'aimerais néanmoins vous faire partager mes émerveillements. Le Père Horacio Brito a rappelé que les apparitions de la Vierge à Bernadette ont débuté par le signe de la croix, comme pour insister sur l'importance de ce geste symbolique fait avec foi.       « Bien faire le signe de la croix, c'est déjà beaucoup », notait Bernadette. D'où vient la force de ce signe et en quoi peut-il aider notre vie spirituelle actuelle ? Bernadette Escaffre, professeur à l'Institut Catholique, nous a indiqué que, selon une prophétie de l'Ancien Testament, donc bien avant Jésus-Christ, un signe évocateur de la croix serait tracé sur le front des personnes protégées par Dieu. Le taw, dernière lettre de l'alphabet hébreu, porté par les justes selon ce texte du prophète d'Ezéchiel, leur permettrait d'échapper à la destruction. Tertullien par exemple, un père de l'Eglise primitive, y a vu l'annonce du mystère pascal et de l'oeuvre rédemptrice du Christ au Golgotha. Dans l'Apocalypse, dernier livre du Nouveau Testament, l'apôtre Jean parle aussi d'un signe sur le front, le sceau de l'Esprit Saint ou la puissance invincible de la croix, qui désigne tous ceux qui appartiennent au Père et à l'Agneau, les distinguant des esclaves de « la bête »... Nous étions ainsi d'emblée, au début du colloque, mis devant un choix décisif : celui d'appartenir au peuple de l'Alliance éternelle, en accueillant la parole de Dieu, et sa miséricorde, pour en vivre et en témoigner. La suite des interventions nous a permis d'approfondir bien des aspects du mystère que révèle ce grand signe. Avec saint Paul nous avons encore mieux entendu « la parole de la croix », c'est-à-dire comment la puissance de Dieu se donne à voir dans la faiblesse de Jésus cloué sur le bois. « La croix scandalise tous ceux qui mesurent les choses divines à la mesure du visible et de l'humain », affirmait Mgr Pierre Debergé, recteur de l'Institut Catholique, nous proposant de « tout comprendre à partir d'un Dieu révélé dans le crucifié », car comme l'écrit Paul, « ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes ». Puisque Dieu ne tient pas compte de nos « identités mondaines », quand donc accepterons-nous de changer de regard, et d'avoir pour objectif, non pas ce qui est provisoire et se voit, mais ce qui est éternel et ne se voit pas ? « La fragilité et la vulnérabilité sont le lieu même de la puissance divine : la croix nous conduit à l'être même de Dieu, qui est amour », constatait le recteur de l'Institut Catholique : là est sans doute le message essentiel de ce colloque, illustré par une grande diversité des conférences. Le Père Jean-Jacques Rouchi, lui aussi de Toulouse, a présenté le symbolisme de la croix en dehors du christianisme, « les semences du Verbe de Dieu » dans les cultures non chrétiennes, en particulier dans l'Egypte ancienne. Daniel Vigne nous a entretenu du signe de la croix chez les pères de l'Eglise. « Par le Christ en croix, c'est le monde qui est intégré à Dieu », a-t-on pu entendre notamment, et aussi ces mots bouleversants de saint Irénée de Lyon à propos de la lumière de la rédemption qui jaillit au creux des ténèbres du vendredi saint: « Sa passion est notre ascension... ». Saisi par la profondeur de ces paroles, le metteur en scène Robert Hossein, qui honorait l'assemblée de sa présence, n'a pas caché son émotion, participant volontiers à la soirée poétique et artistique du colloque. Il a toujours beaucoup aimé Lourdes, et souhaite maintenant réaliser un spectacle sur Bernadette et Marie, comme nous l'avions envisagé ensemble à l'issue d'un long entretien paru dans Lourdes Magazine en janvier 1992. Parmi les autres moments forts de ces deux journées de formation, le Père Philippe Curbelié, doyen de la faculté de théologie de Toulouse, a précisé que « le démon ne tient pas face à la croix lors d'un exorcisme », ajoutant que le signe du salut en Jésus-Christ nous conduit au coeur de la Trinité, le « milieu de vie » où nous tous, baptisés, sommes d'ores et déjà invités à demeurer. Dans la même logique spirituelle Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, centra sa conférence sur « la messe signée par la croix », et le Père Bertrand Cormier, responsable de la pastorale liturgique de la province ecclésiastique, valorisa « la force consolatrice de l'Esprit et son onction guérissante », à travers le signe de la croix reçu comme une bénédiction. Ce geste liturgique, qui réalise ce qu'il signifie, nous appelle à « faire de chaque relation un lieu de célébration, et de chaque rencontre une liturgie »... Monique Brulin, docteur en théologie, Soeur Odette Sarda, du service national de la pastorale sacramentelle, le Père Olivier de Cagny, enseignant à la faculté Notre-Dame de Paris, apportèrent leurs contributions à la réflexion autour de l'implication du corps dans la signation, dans les rituels d'initiation et dans la liturgie. Nos frères chrétiens d'autres confessions donnèrent au colloque son ouverture oecuménique, avec beaucoup d'intériorité. Le pasteur Alain Joly, de l'Eglise luthérienne, insista sur la croix comme   « bouclier » face à l'adversaire, le démon, qui fuit devant ce signe de la vérité rédemptrice. De façon très pédagogique et pastorale le pasteur éclaira par ailleurs la symbolique de l'arbre de Noël qui réunit à la fois la mémoire du péché, l'arbre de la connaissance avec les fruits devenus boules colorées aujourd'hui, et l'arbre de la croix où nous est donné le fruit qui sauve dans le mystère lumineux de l'Eucharistie... Michel Stavrou, de l'Eglise orthodoxe russe, cita Jésus dans l'Evangile selon saint Luc (14, 27), « qui ne porte pas sa croix ne peut être mon disciple », y discernant une allusion au taw de la prophétie d'Ezéchiel car tout est relié dans la révélation divine, et rien ne peut empêcher l'Esprit Saint d'accomplir son oeuvre... « La croix, signe de l'humilité et du don de soi, nous fait mourir à l'autosuffisance : la haine est dévitalisée », expliqua-t-il en substance. Dans la tradition orthodoxe, qui remonte aux origines du christianisme, la signation de la droite vers la gauche - à l'envers de la pratique latine - est une reproduction « comme dans un miroir » de la bénédiction liturgique où le signe de la croix a une portée cosmique. Il nous laisse entrevoir « une kénose éternelle » - humble don réciproque permanent - au sein même de l'amour qui unit les trois personnes divines. « Dans les bras étendus de Jésus crucifié nous admirons Dieu qui veut attirer à lui tous les hommes ». Jamais plus je ne pourrai faire le signe de la croix machinalement, et il deviendra chaque soir et chaque matin, jusqu'à l'heure de la mort, ma plus belle prière, mon credo trinitaire.